Module Jean-Monnet
"Les 'petits' États et l'intégration européenne"

La Norvège et l'Union européenne

9 juin 1997

 

Responsable : Jean-Claude Boyer; professeur à l'IEE

Dans le cadre du module Jean-Monnet "Les 'petits' États et l'intégration européenne", M. Larsen, premier secrétaire à l'ambassade de Norvège à Paris, est venu prononcer une conférence à l'Institut, le 9 juin 1997.

C'est une Norvège en très bonne santé économique qui a été présentée : croissance de 4,8% en 1996, chômage limité à 4%, budget en excédent. Le pétrole et, de plus en plus, le gaz naturel expliquent cette situation privilégiée. Mais ces ressources ne sont pas inépuisables et la Norvège cherche à mettre en oeuvre une vision à long terme de la croissance appuyée sur un "fonds du pétrole" géré par la banque centrale. La France est le 3ème investisseur en Norvège (notamment avec Elf et Total) et son 5ème client. Depuis la fin des essais nucléaires français, les relations sont bonnes entre les deux pays, comme en ont témoigné plusieurs visites officielles.

A deux reprises (1972 et 1994), et à une majorité voisine (52-53%), les électeurs norvégiens ont refusé une adhésion à l'Union européenne qui avait été négociée par leur gouvernement. Les points d'achoppement ont été, pour partie, les mêmes qu'en Suède et en Finlande : peu d'avantages économiques à attendre, des menaces pour les politiques agricole, régionale et de l'environnement, un risque de perte de souveraineté - la Norvège n'est indépendante que depuis 1905 - au profit d'un centre de décision complexe et lointain. Ici la balance a penché vers le refus en raison de l'autonomie que donnaient le pétrole et le gaz naturel mais aussi à cause du poids politique des pêcheurs. En outre, contrairement à la Finlande, la Norvège, membre fondateur de l'OTAN, n'avait pas besoin d'adhérer à l'Union européenne pour assurer sa sécurité.

Malgré tout, et c'est sans doute le principal enseignement de la conférence, la Norvège entretient des liens très étroits avec l'Union européenne. Elle appartient à l'EEE (Espace économique européen) et donc, à quelques exceptions près (produits agricoles notamment), au marché unique. Elle est membre associé de l'Union de l'Europe occidentale. Elle vient d'adhérer à l'espace Schengen, afin de maintenir la libre circulation des personnes qui avait été instaurée avec la Suède. Qu'apporterait de plus une adhésion ? Essentiellement la possibilité de peser sur des décisions politiques qui affectent nécessairement la Norvège (cf. la mise en place de la monnaie unique), du fait de sa situation en Europe et des relations commerciales et culturelles privilégiées qu'elle entretient avec certains pays de l'Union européenne. Il est cependant peu probable qu'une nouvelle demande d'adhésion intervienne à bref délai ; de toute façon, la prochaine fois, le gouvernement sollicitera sans doute des électeurs l'autorisation d'engager des négociations !

Grâce au pétrole et au gaz naturel, la Norvège pouvait se permettre de dire "non". Mais son imbrication croissante dans le système européen posera sans doute à nouveau un jour la question d'une adhésion formelle à l'Union européenne.

Jean-Claude Boyer

© Eurofil n° 12, septembre 1997